"Geoffroy Mercier, Luthier perfectionniste"
Article paru dans Le Progrès du 4 Janvier 2004, écrit par Christian Champagnac
RONTALON
Geoffroy Mercier, luthier perfectionniste
Un artisan d’art discret et talentueux travaille sur la commune de Rontalon depuis plus de cinq années.
Geoffroy Mercier se consacre plus particulièrement à la restauration d’instruments anciens mais a aussi ses petits secrets de fabrication.
Le luthier fabrique et répare des instruments à cordes. Ce n’est donc pas un artisan chez qui l’on se rend quotidiennement comme le boulanger.
Voilà pourquoi beaucoup de rontalonnais ignore qu’il y en a un qui exerce chez eux. Geoffroy Mercier est arrivé en 1998 et réside dans une maison ancienne du Chemin des Garennes avec Marie-Pierre et la petite Marianne.
Un travail minutieux
C’est un professionnel indépendant qui s’est installé ici à cause de la proximité de Lyon.
Mais auparavant, son cursus de formation est impressionnant puisqu’il a pratiqué 17 ans de compagnonnage pour acquérir son savoir faire.
Il a en particulier séjourné à Londres dans la plus ancienne maison de restauration.
Geoffroy Mercier explique son travail, ses recherches et les doutes qui l’assaillent souvent. Une grande partie de son activité est consacrée à la restauration d’instruments anciens.
Une connaissance enviée
« S’il est vrai que des critères ont été établis par le luthier Jean-Baptiste Vuillaume et qu’il convient d’en tenir compte, il n’est demeure pas moins que chaque cas est unique » observe l’artisan.
En fonction du principe que l’instrument restauré doit retrouver l’aspect qu’il avait avant sa détérioration, on image la minutie avec laquelle l’artisan doit exécuter chaque geste.
Les tâches et griffures anciennes doivent se retrouver, le grain, la texture et le sens de la pièce de bois rapportée doivent coïncider avec la pièce brisée.
Même si le néophyte voit mal la différence, l’œil de Geoffroy, qu’il équipe souvent d’une loupe, sait tout repérer.
C’est aussi un créateur. Il fabrique des instruments neufs, violons, violoncelles et, plus rarement, altos. Mais ce n’est pas un copiste. Il intervient de la conception à la réalisation.
Il a du reste mis au point des techniques de calcul des formes si élaborées qu’on lui demande désormais de les enseigner lors de conférences.
Après avoir dessiné minutieusement ses schémas, il doit manifester une parfaite connaissance du bois car il faut savoir choisir non seulement l’espèce mais aussi son lieu de croissance car elle conditionne l’architecture des anneaux de matière ligneuse, et sa durée de séchage.
La découpe et l’assemblage des pièces de bois l’ont amené à élaborer un savoir technique pour approcher une perfection que même les musiciens ne savent pas toujours identifier.
Mais la grande affaire de Geoffroy, s’est le vernis. On ignore à quel point cela est important pour l’instrument, non seulement pour la couleur et la brillance, mais surtout pour le son.
Aussi, toute une partie de l’atelier pourrait, en simplifiant, être comparée à un repère d’alchimiste.
En réalité c’est le lieu de recherche d’un grand perfectionniste qui, en mélangeant, en mixant, en laissant vieillir dans de petites fioles des matières premières parfois précieuses, parfois incongrues, cherche à obtenir la meilleure solution.
Parmi toutes ces matières, une substance passion, l’ambre, dont il ne se lasse pas de tester l’évolution de la couleur, des reflets, de la consistance.
Geoffroy Mercier résume : « dans notre métier, il y a plus d’idées reçues que de certitudes. Le luthier moderne doit répondre à ses propres exigences et à celles du musicien.
Et il affronte des fantômes, les luthiers disparus. »
CHRISTIAN CHAMPAGNAC

